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Neuf-Brisach, origine et histoire

 


La ville fortifiée du Neuf-Brisach a été construite ex-nihilo sur les ordres du roi de France Louis XIV à partir de 1698, pour renforcer les défenses du Rhin après la perte de Breisach aux termes du traité de Ryswick en 1697, place forte qui avait été rattachée à notre royaume lors de la signature du traité de Westphalie en 1648.
C’est Vauban qui est chargé de l’étude et de l’implantation de la nouvelle cité stratégique sur la rive gauche du fleuve.
Pour garantir l’efficacité de la défense de la frontière du Rhin, Vauban va devoir réaliser ici une forteresse de plaine et enterrée, à bastions en étoile, qui sera un véritable piège pour l’ennemi. Contrairement aux forteresses de montagne parfaitement adaptées au terrain, et aux châteaux forts du Moyen-âge, qui sont l’un et l’autre visible d’assez loin, le Neuf-Brisach est quasiment invisible de l’ennemi qui devra s’en rapprocher au point de s’exposer systématiquement au feu des défenseurs.
L’avantage considérable qu’offre à cette époque la ville fortifiée ainsi conçue est devenu aujourd’hui un terrible inconvénient pour susciter la curiosité des passants car elle échappe quasiment à leurs regards.
De plus, un château fort médiéval, même en ruines, fera toujours rêver on y imagine les exploits chevaleresques, les éclats des réjouissances et des tournois, la musique envoûtante des troubadours, la cruauté des seigneurs et les prisonniers des cachots, les retours de guerre ou de croisades, les sorcières et les gueux, et les incontournables légendes et autres récits épiques... Ce sont là, à chaque visite, des tours et des murailles qui nous parlent.
Au contraire, une fortification bastionnée bâtie selon le système apparu dès le 16e siècle pour mieux résister au feu des nouveaux canons nous paraît rude, austère, dépouillée, trop anguleuse. L’imagination se blesse sur les arêtes des redans, des tenailles, des contre-gardes et des demi-lunes. Plus question de seigneurs orgueilleux, de dames qu’on enlève, et d’autres images fantasmagoriques venues d’un autre âge... Ici, on ne rêve plus !
Un château fort aura toujours de quoi séduire, Neuf-Brisach non. A moins que...
Pourtant, l’histoire d’une ville conçue pour la guerre par l’un des stratèges les plus habiles et l’un des ingénieurs les mieux inspirés de tous les temps, Vauban, a bien de quoi nous laisser songeurs. Jugez plutôt :

Les travaux du Neuf-Brisach Sont commencés en septembre 1698, la ville est fondée en 1699, les fossés sont creusés et les terrassements sont achevés en 1700, les murailles et les casemates de la fortification qui passe alors pour être la meilleure d’Europe, sont terminées en 1703, et la ville est intégralement bâtie en 1706...

La clé du songe réside uniquement dans cette phrase qui évoque avec quelle célérité Cette série de grands travaux, qui consistent à construire une ville entièrement nouvelle et d’une modernité urbaine rare pour l’époque, sont menés et ce, connaissant les moyens techniques encore archaïques dont les travailleurs de ce temps disposent. Le visiteur du Neuf-Brisach est saisi d’emblée dès lors qu’il est invité à imaginer ce gigantesque chantier mené à dos d’homme et de mulets. Il se trouve du même coup intéressé à la stratégie de défense et d’attaque de la place, et il est alors conquis par le récit de la vie exaltante et passionnée de ce personnage que l’Histoire ne fait que survoler dans les manuels scolaires, et dont tout â chacun aura croisé de multiples fois la route tout au long de sa vie sans davantage s’attarder sur telle ou telle autre de ses citadelles Sébastien Le Preste, marquis de Vauban

La découverte du Neuf-Brisach, dernière place forte conçue et fondée par Vauban en 1699 à l’âge de soixante-dix ans, a largement de quoi satisfaire l’attention du visiteur pourvu que celui-ci soit bien informé et commodément amené sur le site.

Vauban s’éteindra huit années plus tard, le trentième de mars 1707 à Paris, d’une fluxion de poitrine. Sa dépouille repose dans l’église de Bazoches, en Morvan, sa terre natale, et l’urne qui contient son cœur est exposé sous le dôme parisien des Invalides. Ses nombreux travaux, écrits et constructions, représentent aujourd’hui une richesse considérable de notre patrimoine historique et portent la marque indélébile d’un grand homme curieusement inspiré.

Bernard DOMART

hPlan non abouti de Neuf-Brisach.

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